J'arrive !

Binge-Fashion

Non classé
Mar 26th, 2016

J’ai toujours mis en avant sur le blog mon goût, je dirai même, mon attrait obsessionnel pour les vêtements, bien que qu’aujourd’hui encore je n’arrive pas à me définir « blogueuse mode » ; peut être à cause de mon style hors-tendance (vintage, lolita, un mélange de tout cela… bien loin de Vogue et de la modernité). N’empêche qu’il serait un mensonge d’omettre cette facette de moi en prétendant n’en avoir rien à faire.

binge fashionVous devez vous demander où je veux en venir. Une partie de vous doit déjà s’en douter : je vais parler « chiffons » et « lèche-vitrine ». Une autre partie s’étonnera de la tournure que va prendre sous peu ce post : je prends ce temps ici pour dénoncer un système qui m’horripile de plus en plus et pointer du doigt le consumérisme inconscient dont je suis témoin, responsable et également « ancienne victime ». Système consumériste que j’ai décidé de nommer (si d’autres ne l’ont pas déjà fait avant moi) : le binge-fashion. Pour les non-anglophones, si vous n’êtes pas habitué à ce terme en voici un résumé simple : on parle de « binge » quand on fait quelque chose en excès, dans le seul but de s’empiffrer. Binge-drinking, boire pour boire, le plus vite possible juste pour être défoncé et non par plaisir…

binge fashion 3« Binge-fashion ? Elle n’exagère pas un peu là, sérieux ?» Oh oui je suis sérieuse, très sérieuse et bien malheureusement, je n’exagère pas. Mais veuillez tour d’abord me laisser écrire quelques mots sur moi, moi et ma relation aux vêtements, hier et maintenant.

Dès petite fille, je rêvais de grandes robes, parure de bal, comme une princesse. J’ai choisi très petite (5/6 ans) les vêtements que je voulais mettre ou acheter. Ma mère et ma grand-mère, toutes les deux de grandes coquettes, se prêtaient parfaitement au jeu. Si un appareil photo se pointait sur moi, je prenais la pose la plus mignonne, fière de ma tenue. Je n’avais même pas envie d’être jolie ou admirée ; non, je voulais juste comme me complimente sur ma tenue. Que l’on me dise « oh mais tu ressembles à une vraie princesse ! ». Je voulais qu’on aime les vêtements que je porte.

Ca ne semble pas incongru qu’aujourd’hui, j’attache toujours autant d’importance à mon apparence, que je passe des heures à choisir ce que je vais mettre demain et que je prenne autant plaisir à poser sous des objectifs. Soyons honnête, là, c’est mon ego narcissique qui vous parle : je me trouve belle dans de beaux vêtements. Et j’aime voir ce moi, tout sourire, figé sur papier glacé, fière et si confiante. La réalité est bien loin de tout ça. Je ne me trouve pas si jolie. Il y a des jours où je reste en tenue de yoga car j’ai juste la « flemme » de m’habiller. Et je travaille encore sur ma confiance en moi.

1936 --- A man carries a pile of presents purchased by a young girl during a Christmas shopping expedition. --- Image by © Hulton-Deutsch Collection/CORBIS

1936 — A man carries a pile of presents purchased by a young girl during a Christmas shopping expedition. — Image by © Hulton-Deutsch Collection/CORBIS

Il y a eu un grand changement dans mon enfance : la mort de ma mère, et par ce fait, mon déménagement dans une autre ville, une autre maison… et une autre « famille ». Ma belle-mère ne me laissait pas choisir ce que je voulais. Les enfants de ma nouvelle école étaient bien plus cruels. Pas étonnant : je suis passée d’une ville « bourgeoise » à une banlieue mal famée, d’une école stricte et catholique à l’école avec des enfants issus de milieux defavorises. Le collège, puis le lycée ont été très rudes pour moi. J’étais incapable de coller aux standards de l’ado basique. Je n’aimais pas la mode, moi je rêvais de Marie-Antoinette et de Vivien Leigh. De nature timide et craintive, je me suis mise à l’écart des groupes pendant longtemps car rejetée mais parce que je le voulais bien, dans le fond. Un jour, j’ai découverts la mode Lolita grâce à un magazine. Et soudain, ces vêtements sont passés d’armure d’invisibilité à armure visible, très visible même. J’ai réussi à m’affirmer grâce aux vêtements. Et ils ont pris une place si importante que mes placards aujourd’hui débordent et m’étouffent, m’oppressent. Quelque part, je ne me sentais bien que grâce à la mode, grâce à mes achats. ET je voulais toujours plus. Depuis quelques années, je vais bien. Et plus je vais bien, moins j’ai besoin d’une robe pour me sentir bien. Mes journées en pantalon de yoga ne veulent pas dire que je déprime !

binge fashion 4 Je ne vais pas mentir. Je reste une fashion-addict. C’est ma vision qui a radicalement changée. Avant, l’obsession c’était « avoir toujours plus ». Maintenant c’est d’avoir moins mais mieux. Je recherche une qualité irréprochable et une éthique. Achetez-vous des vêtements tous les mois ? Dans des boutiques comme H&M, Forever21, primark ? Cherchez-vous le moins cher, dans l’idée de « faire des économies » pour avoir plus ? Ouvrez-vous votre placard en vous disant « je n’ai rien à porter » alors que vos étagères croulent sous le poids des vêtements ? Jetez-vous ou donnez-vous régulièrement des vêtements, peu portés voire pas du tout ? Etes-vous déçue quand votre haut acheté 2 mois avant peluche déjà et semble vieux, alors qu’il est encore neuf ? Did you already ask yourself HOW and WHO made those very same clothing, and in what kind of conditions ? Etes-vous déjà demandé COMMENT et QUI fait ces vêtements, et dans quelles conditions ?

Found on Marie Claire UK

Found on Marie Claire UK

Ce sont des questions dont les réponses m’ont percuté si violement que j’ai rejeté tout le système. Quand un accessoire me plait dans une vitrine, s’il est associé à un nom de grosse chaine et si l’étiquette indique « made in china/blangadesh » avec des matières « 100% polyester », je grimace et le dégoût me fait vite passer l’attrait que j’ai eu au premier abord. Car le « toujours » moins cher à un prix. Tous nos vêtements sont fait à la main. Il faut arrêter de se leurrer et de penser que des machines peuvent coudre sans l’aide d’un humain. Le « Toujours moins cher » peut se résumer ainsi : des gens mal payés, travaillant dans des conditions horribles, des animaux maltraités, la nature saccagée, des items en surproduction (dans les usines, les boutiques dans nos placards…) qui finissent à la poubelle et à cause des matières premières « bas de gamme » utilisées pour limiter les coûts de production, non-biodégradable. Au niveau économique, les consommateurs deviennent les esclaves des marketters, qui ont bien réussi à nous faire croire qu’il faut acheter pour être heureux, changer de tenues tous les jours pour être beaux, avoir le dernier gadget à la mode pour être respecté. Et nos petits artisans locaux se meurent, des traditions se perdent, tout ça pour un profit financier dont nous ne tirons, à notre humble échelle, aucun avantage. Au contraire ! Nous nous appauvrissons. Nous ne sommes pas plus épanouis.

Pourquoi acheter plusieurs paires de chaussures par ans à 50€ chaque pour qu’elles finissent toutes à la benne en moins d’un an, alors qu’en investissant dans UNE seule paire de qualité celle-ci pour faire 10 ans ! Préfériez-vous perdre 300€ par an en « chaussures jetables » ou 300€ une seule fois et être chaussé pour 10 ans ? Cela vous ferait-il vraiment perdre votre classe, votre style ? Je ne pense pas. Pour finir, je vous conseille vivement de visionner ce documentaire « the true cost », disponible sur netflix ; d’arpenter ce site : (lien) afin de vous faire votre opinion. Mais je reviendrais bien vite sur ce sujet, en prenant le temps de vous présenter certaines marques et artisans que j’affectionne et dont je suis heureuse d’avoir investi mon argent ces derniers temps. J’ai investi pour mieux y gagner.

Bon shopping !
BREAKFAST AT TIFFANY'S, Audrey Hepburn, 1961

BREAKFAST AT TIFFANY’S, Audrey Hepburn, 1961

 

COMMENTS

  • elisabeth
    Sep 27th, 2016 - 6:53

    Tout est dit dans cet article! Il est plus que temps de revoir tout ce système de consommation, ces produits jetables sont une catastrophe pour la planète . La plupart des gens ne se posent pas de questions et la pub se charge bien d’embobiner un maximum de gens pour qu’ils achètent tout et n’importe quoi. Il y a tellement d’avantages à consommer vintage: dépenser 30€ dans une friperie c’est soutenir un petit commerçant au lieu d’enrichir un actionnaire d’H&M, acheter un sac à main en simili cuir increvable des années 60 au lieu d’un moderne qui ne durera que 3 mois, éviter la pollution en achetant des produits qui sont là depuis des années et qui sont en bon état. De plus , certaines pièces vintage sont abordables donc on peut se permettre d’en acheter autant que des vêtements neufs, évidemment tout dépend de l’époque que l’on cherche, perso j’arrive à trouver des vêtements années 70 pour moins de 20€. Et puis il faut vraiment qu’on ralentisse le rythme et être patient, pourquoi toujours vouloir les choses rapidement? pour pouvoir jeter plus vite, c’est absurde. En tout cas c’est une bonne chose que le vintage ait pris autant d’importance dans la société aujourd’hui même s’il y a encore du chemin à faire, c’est bien qu’il y ait des personnes qui s’y mettent ou qui sont déjà dedans depuis un moment. Bravo pour cet article!!!

  • Fred
    Oct 13th, 2016 - 7:00

    Bravo pour cet article, je milite également pour l’achat aux petit commerçants!!!

  • Nella Fragola
    Jan 16th, 2017 - 7:52

    C’est mon « petit » combat quotidien !

  • Nella Fragola
    Jan 16th, 2017 - 7:54

    Ca fait chaud au coeur et ça redonne beaucoup d’espoir en l’humanité de lire ton commentaire. C’est la preuve que l’on est plusieurs à vouloir changer les choses et à s’y mettre ! Je suis tellement d’accord avec toi, il faut prendre le temps, arrêter de courir… Merci pour ton commentaire !

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